Tétouan ou la rencontre hispano-mauresque.

Tétouan ou la rencontre hispano-mauresque

Remparts crénelés, minarets flamboyants, murailles blanches et jardins verdoyants sur fond ocre lointain de la chaîne du Rif; il ne faut pas chercher ailleurs le haut lieu de l’architecture hispano-mauresque, fille de deux cultures.

D’une capitale, elle présente, du matin au soir, l’activité: labyrinthe d’étals, foule bigarrée, c’est le centre vers lequel on converge sans trêve depuis les vallées pour y vendre et acheter de tout et la plus minime tractation ne se règle pas sans hésitations, choix et discussions.

On palabre beaucoup. Le soir, on se retrouve par centaine, les hommes autour des innombrables petites tables de bois carrées dressées jusque sur la chaussée; les femmes, serrées sur les bancs décorés de zelliges du terreplein, autour du jardin. C’est le moment pour le touriste, indiscret par nature, d’observer ces riffaines si bizarrement accoutrées, ficelées dans leur fouta (serviette) rayée, une couverture autour des hanches; pieds et jarrets sont pris dans les jambières de laine et de cuir, faites pour protéger des chaumes et des chardons. Le grand chapeau leur laisse les joues fraîches et roses. Un rien les fait sourire avec malice.

La médina n’a pas d’âge. C’est le même dédale de ruelles, de passages voûtés, de placettes, de fondouks que l’on voit dans bien d’autres villes, mais ici règnent une animation et une gaieté particulières. Cela tient au crépi souvent bleuté, aux fontaines dont les eaux coulent à flots, aux portes et aux fenêtres peintes et ornées de motifs géométriques simples et purs, au sourire des gens, aux enfants plus rieurs et à ce pittoresque marchand ambulant de boissons qui, pour tenir ses jarres au frais, garnit la brouette de fleurs et d’herbe verte. Il est quelques points où l’on s’attarde volontiers dans cette ville sympathique la minuscule place ombragée de l’Ousaa, les ateliers des teinturiers, les ferblantiers et les échoppes d’habiles artisans en cuir qui fabriquent des objets décorés de lanières entrelacées de cuirs multicolores, spécialité de Tétouan, Le palais du Khalifa, ancienne résidence du représentant du Sultan durant l’occupation espagnole, est un bel exemple d’architecture princière et de décoration hispano-mauresque, style à la fois pompeux et raffiné où la délicatesse du détail et la rigueur géométrique font oublier l’apparente surcharge. Les faïen-ces de Séville composent avec les zelliges marocains des combinaisons caractéristiques. Un beau jardin ombrage le patio principal.
Le Musée Archéologique s’ouvre lui aussi, au fond d’un agréable jardin où ont été rassemblées des amphores, des stèles et des mosaïques antiques. Ces trois Grâces accueillent le visiteur sur une grande mosaïque rapportée de Lixus. D’autres mosaïques et de nombreux objets provenant de la cité phénicienne et romaine sont exposés dans une salle particulière. Une autre salle est consacrée aux fouilles de Tamuda, l’agglomération punique qui occupa le site de Tétouan, dont quelques pans de murs et de nombreux débris sont reconnaissables sur la rive droite de l’oued Martil, à 4 kilo¬mètres el) amont de la ville.

Un autre musée exige une visite attentive: le Musée d’Art Marocain. De toutes les collections que l’on peut voir sur ce thème dans les principales villes du Maroc, celles-ci sont sans doute les plus complètes, les plus intelligemment présentées et, à coup sûr, celles qui sont commentées avec ferveur et bon sens. Tout le prodigieux folklore du nord du pays est ici évoqué sans qu’il n’y ait de surcharge. Aussi, le visiteur ne se lassera-t¬il point, passant des costumes au mobilier, d’une porte de bois peinte à une collection admirable de plats de cuisine vernissés, dans ces tons jaune, vert et bleu pastel que l’on ne trouve plus. Quelques exemplaires des ustensiles les plus simples tels des bibelots et des bijoux très raffinés s’y trouvent.

Naturellement, une place est faite à la musique ; Tétouan s’enorgueillissant d’être la gardienne de la pure tradition andalouse.
Un conservatoire de musique a effectué en la matière une œuvre capitale de restauration et d’enseignement.
N’oublions pas que c’est une cité lettrée, cultivée oû tout savant ou intellectuel se doit de vivre. La politesse, le savoir vivre constituent un élément dominant de la vie des Tétouanais.

La ville elle-même s’inscrit dans un décor de verdure. Cela est moins apparent lorsque l’on vient de Tanger, oû ce qui est surprenant est l’importance de la ville toute blanche et sa position sur un ensellement entre des montagnes aux parois nues. En revanche, le tableau est plein de fraîcheur et de lumière pour qui vient, le matin, par l’est. Cyprès, eucalyptus, orangers, amandiers enserrent les cubes éclatants de blancheur qui s’étagent jusqu’au pied des falaises et jusqu’à la puissante kasbah.