Rabat, deux mille ans d’histoire

Rabat, deux mille ans d’histoire

ville impériale, après Fès, Marrakech et Meknès, Rabat est riche d’une histoire très ancienne, dont témoignent les nombreux monuments.
Les Phéniciens connaissaient déjà l’estuaire, dont les eaux profondes offraient une rade protectrice à leurs vaisseaux sur une côte qui n’en comptait guère. Ils venaient y chercher des peaux de bêtes et des poissons salés 800 ans avant notre ère.
Les Carthaginois y créèrent une conserverie de poissons entre 475 et 450 avant Jésus Christ. Mais les populations ne s’y fixèrent qu’avec l’arrivée des Romains, fondateurs de Sala Colonia. La petite ville, qui marquait l’extrême Sud d’un commerce de céréales, d’huile, de laine et d’objets en terre. Elle fut en partie abandonnée au IVème siècle et dépérit.
À l’IXème et Xème siècle, les berbères Zénètes qui règnent à Fès et les Kharidjites, schismatiques établis à Rabat s’y affrontent. Ces derniers construisent sur la rive sud une forteresse, un ribat, que finiront par prendre les maîtres de Fès. Mais, trop éloignée des routes du commerce saharien et du pouvoir de Fès, Rabat est délaissée par ses nouveaux maîtres.
Au XIIème siècle, les Almohades font souffler le vent du djihad et les rives de l’estuaire deviennent une base militaire pour la conquête de l’Andalousie. Le souverain almohade Abdel Moumen fait reconstruire le ribat, une flotte neuve qu’il lance en Espagne où il arrête l’avancée andalouse en 1148. Puis, deux cent mille hommes appareillent pour la Tunisie où ils repoussent les Normands jusqu’en Sicile. Dès lors, le Ribat devient à la fois forteresse et monastère, d’où les moines guerriers lancent par intermittence des expéditions en Espagne. Un Ribat que les Almohades baptisent Ribat El Fath, camp de la victoire et qu’ils ne cessent d’agrandir, de fortifier et d’embellir. Ce sont néanmoins les Oudaîas, une tribu arabe qui s’y établira plus tard, qui lui donneront leur nom.

Yacoub El Mansour, souverain régnant à Marrakech, décide de faire la ville côtière une grande capitale régionale.
Pour protéger le Ribat, il construit un réseau de remparts ouvert par la monumentale Bab Al Rouah, la porte des vents, qui existe encore. Surtout il ordonne la construction de la Tour Hassan, qu’il ne pourra cependant pas achever.Le reflux des Almohades annonce le déclin de Rabat, cité guerrière, alors que Salé prospère par le commerce des peaux de bêtes, des épices, des étoffes de laine avec l’Europe. Bab Mrisa à Salé dont la hauteur exceptionnelle permet aux bateaux d’entrer et de sortir du port sans abaisser leur mât, avec ses tours de lancements et son arc brisé, est souvent attribuée aux Mérinides.

Rabat sous le règne des Mérinides

Rabat sous le règne des Mérinides

Ceux-ci entrent à Rabat et Salé en juillet 1258 mais n’y prêtent que peu d’attention. Ce n’est qu’au début du XIVème siècle qu’Abou Said décide d’élever une forteresse sur l’emplacement de l’ancienne Sala Colonia, qui lui donne son nom actuel Chellah. Il construit la porte et les remparts et son fils, Abu El Hassan, la mosquée. Ce dernier bâtit la Médersa de Salé en 1341, remarquable par son stucage en forme de rayon de miel et ses boiseries en cèdre et agrandit la Mosquée de Salé commencée par les Almohades. C’est dans ce même siècle que sont bâties deux koubbas célèbres, celle de Sidi Benachir, réfugié d’Andalousie et celle de Sidi Abdellah Ben Hassan saint patron des marins dont on fête encore la mémoire chaque année.
Culte mérité, car ce sont les marins qui vont écrire les heures gloire de Salé. Les Mérinides se sont repliés sur Fès et les Saadiens qui émergent au XVIème siècle laissent la course se développer. Les harnacheras chassés d’Andalousie se réfugient à Salé et Rabat, éclipsée par sa rivale prend même le nom de nouvelle salé. Les corsaires salé tins pillent l’Atlantique des Canaries à la Manche et assurent l’opulence de la ville. Les maisons almohades et mérinides sont reconstruites, et les deux villes de l’estuaire, cosmopolites, abritent des mercenaires chrétiens, des réfugiés juifs, des maures, des noirs de Tombouctou.

La Course reçoit la bénédiction du sultan Moulay Ismael qui détachera aux Oudaïas un corps d’esclaves noirs; il y édifiera un palais, devenu aujourd’hui musée des Arts marocains.
Au XVIII° siècle, Mohammed Ben Abdellah (1757/1790) installe sa capitale à Rabat. De cette première reconnaissance politique de la ville naîtra le Méchouar,. Déjà sont édifiés les bâtiments qui abritent le palais lui-même, le Secrétariat, la cour Suprême, la Présidence du Conseil et les services du Cabinet Royal. La mosquée As Sounna est dûe au même souverain, et Sa Majesté Hassan l’a récemment entièrement réhabilitée.

En 1790, la capitale est de nouveau transférée à Fès. Rabat ne reviendra définitivement au premier plan que lorsque le maréchal Lyautey y installera la Résidence. Il engage sculpteurs sur bois et stucs pour restaurer les bâtiments de Rabat et Salé et décide la préservation des médinas que les constructions européennes avaient entamées. Henri Prost, urbaniste du Protectorat, dessinera les nouveaux quartiers, aux artères larges et aérées, qui mettent en valeur les bâtiments neufs Arts Déco agrémentés de décorations mauresques, comme la poste, la Chambre des Députés et la Banque du Maroc.
Le choix de Rabat comme capitale sera confirmé par feu Mohamed V, dès l’indépendance. Rabat est aujourd’hui une capitale dynamique qui compte plus de 800 000 habitants, attirés par la présence des Ministères, des administrations et des chancelleries. Ville de fonctionnaires, Rabat ne souffre pas de la présence d’industries, maintenues à distance. Jadis ville indolente, elle n’échappe pas, en cette fin de siècle aux turbulences de la modernité.